Débora Bertol : 140 bonnes raisons…

Par Patrick Delgado

En Ar(t)pentant les allées du salon Mac Paris 2014, l’objectif de concourir à « critique d’art », organisé par le magazine Artension, restait présent dans mon esprit pour ne pas dire envahissant : il me fallait sélectionner coûte que coûte l’artiste qui allait retenir mon attention. Choix ô combien cornélien, tant tous les artistes présents méritent qu’on s’y intéresse. Fallait-il alors procéder par tirage au sort : après tout le hasard est d’usage dans le geste artistique. Mais, du point de vue du critique d’art, il s’agit bien de prendre position et donc je me décidais pour faire un choix.

À l’issue de cette première journée de visite, certains travaux avaient d’ores et déjà attiré mon attention. Des artistes semblaient avoir marqué des points. Halte-là camarade ! Nous ne sommes pas à l’école et le « bon point » ici, n’est pas de mise. J’en concluais donc qu’il me fallait prendre l’air et qu’une autre visite s’imposait.

À l’issue de cette deuxième visite, mes premières impressions tenaient bon, mais trois artistes restaient toujours en course. Comment les départager ? Je convenais très vite de laisser agir et que le choix artistique finirait bien par s’imposer.
Dans le train du retour qui me ramenait à Bordeaux, ce fût effectivement le cas : Débora Bertol. Débora Bertol est une artiste qui vit la tête dans les étoiles. Pour elle, la vie semble ailleurs. Les cieux sont sa maison. Elle en connaît tous les recoins. À l’instar des premiers astronomes, elle dessine rigoureusement les cartes du ciel en représentant chacun des astres par des points de couleur. Pour ce faire, elle tient compte à la fois de leur rayonnement, de la saison et de l’hémisphère depuis lequel ils sont visibles. Elle offre ainsi, une véritable symphonie cosmique composée de quatre mouvements : printemps, été, automne, hiver.

Dans une autre variation cosmographique de son travail, Débora Bertol revisite l’histoire de l’art à travers le prisme symbolique de l’univers. Pour cela, elle utilise des épingles de couturière pour matérialiser les constellations qu’elle pique habilement sur des cartes postales achetées au Musée du Louvre. Par jeu, elle choisi la constellation, parmi les 88 recensées, qu’elle fixera sur la carte.
Ainsi la constellation de la Table vient s’inviter dans « Les Noces de Cana » de Véronèse. Celle du Dauphin… mais je vous laisse aller la découvrir. Et que dire également de son installation cosmique constituée de plusieurs porte-épingles d’une force visuelle et poétique implacable, comme pour mieux « épingler » notre regard. Pour rendre son univers encore plus prégnant, à l’aide de petits tampons encreurs, représentant des symboles cosmiques, elle invite ces visiteurs à laisser leur empreinte. Ces « astéroïdes » ainsi tamponnés, suggèrent une oeuvre collective où la feuille devient la nouvelle carte d’un ciel imaginaire.

Tout paraît bien maîtrisé par cette jeune artiste, jusqu’à sa carte de visite au verso de laquelle figure une formule mathématique simple, mais qui subtilement, nous ramène à la question toujours actuelle de l’univers fini ou infini. De toute évidence, Débora Bertol est aussi « chercheure ».

Ce texte a été rédigé dans le cadre du Concours 2014 de Critique d’Art, organisé par le magazine Artension lors du salon macParis. Patrick Delgado a été retenu parmi les 6 premiers dans la catégorie Espoir.
Pour voir la publication originale : Concours 2014 de Critique d’Art… tension