Un ciel ? Non, des ciels !

L’été approche, le ciel est de plus en plus bleu et le soleil de plus en plus présent. Ça fait un bien fou, surtout quand on a la chance d’avoir un balcon pour contempler la vue, entendre le cri des oiseaux et profiter de la petite brise qui souffle.

Quand il fait beau et que je peux rester un peu dehors, je pense toujours à cette phrase, qui est devenu le point de départ pour plusieurs de mes travaux artistiques et le titre de mon projet de master à la Sorbonne : mon ciel est différent du tien.

Lors du jury pour l’obtention du diplôme, l’un des professeurs s’est vivement exprimé contre cette idée. Selon elle, c’était tout le contraire : nous partageons tous un ciel unique, strictement le même pour chacun d’entre nous. Mais force est de constater, cher professeur, qu’après toutes ces années je n’ai pas changé d’avis : ton ciel est décidément différent du mien !

Je pourrais en parler des heures (j’ai déjà consacré un mémoire à ce sujet !), mais comme je ne veux pas trop m’étaler voici quelques arguments pour aider à comprendre mon propos.

D’abord c’est une simple question de physique : deux corps ne pouvant pas occuper le même endroit dans l’espace, nous ne portons forcément pas le même regard sur un objet, aussi infime soit la différence. La géographie aussi y est pour quelque chose : la Terre étant ronde, la vue que nous avons sur la coupole celeste n’est pas la même si l’on se retrouve en France ou au Brésil, par exemple. Les constellations qui s’ouvrent à nos yeux (ou à ceux de nos télescopes) la nuit n’ont strictement rien à voir au pôle Nord et au pôle Sud, en Europe, en Amérique ou en Afrique. Et même celles qui peuvent être communes à différentes régions ne sont pas nécessairement orientées de façon identique.

Le climat aussi joue un rôle important. Tu connais ça : il pleut chez toi mais pas chez ton pote deux kilomètres plus loin. À Brasília, où j’ai grandi, ça ne marchait que comme ça. Et mes beaux-parents en Normandie sont toujours là pour nous rappeler qu’il va bientôt avoir un orage même si pour le moment il fait encore magnifiquement beau !

Ai-je besoin de parler de l’heure du jour, qui fait varier les couleurs et la luminosité, qui varient selon la latitude et la longitude de chacun ? Ou des traînées de condensation laissées par les avions, créant de véritables dessins et de nuages artificiels ?

 


 

Tous ces éléments sont là pour prouver que le ciel que tu regardes n’est aucunement celui que je regarde moi. Bleu, gris, rose, rouge, orangé, partiellement couvert, un orage au loin, les nuages qui bougent, qui avancent, qui s’installent, en différentes épaisseurs et différents teints…

Rien que d’un simple point de vue pragmatique nous ciels sont différents – un peu, beaucoup, à la folie. Mais cela est aussi vrai en ce qui concerne la subjectivité.

Nous connaissons les constellations par leurs noms actuels (la Grande-Ourse, l’Aigle, le Triangle, le Lion, la Vierge, etc), mais il faut savoir que cela est une convention et, surtout, que c’est notre interprétation, dans notre culture occidentale. Les orientaux, les indiens brésiliens ou les hindous ne partagent pas les mêmes mythes ni la même Histoire, et par conséquent leur carte du ciel n’a rien à voir avec la nôtre.

Chaque culture et chaque société ont peuplé cet espace avec leurs propres imaginaires. Et c’est ça ce qui est magique. Parce que, même si nous voyions exactement la même image avec nos yeux, de par nos individualités et nos bagages culturels, les interprétations que nous en ferions seraient complètement différentes !

Un ciel ? Non, des ciels ! Uniques, multiples, infinis.

Et toi, quel est le tien ?